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Reggae, livity et lagune : quand le message rastafari appelle à protéger le vivant à Abidjan

🌍 En Afrique de l’Ouest, les transitions s’enchaînent, les peuples résistent et l’avenir s’écrit à la plume de la souveraineté. Farafinet.info donne la parole aux voix du terrain, celles qui vivent l’Afrique, la pensent, et la bâtissent, loin des plateaux d’illusion.











Le reggae célèbre la vie (livity) et relie spiritualité rastafari, territoire et écologie. À Abidjan, la lagune Ébrié et l’ancrage du AZK Festival au bord de l’eau offrent un récit concret : protéger la nature, c’est se protéger soi-même — et préserver une mémoire vivante qui nourrit encore des familles.

Le reggae célèbre la vie. Jamais la mort. Cette évidence, simple en apparence, est pourtant l’un des piliers du message rastafari, condensé dans un mot que les initiés prononcent comme on pose une main sur le cœur : livity.
Une manière d’être au monde, de choisir l’équilibre, d’honorer le vivant, de refuser la rupture entre l’humain et la nature.

C’est pourquoi, dans la culture rasta, on préfère célébrer le 6 février, date de naissance de Bob Marley, plutôt que le 11 mai, jour de sa disparition. Ce choix ne relève pas d’un folklore commémoratif : il relève d’une cohérence.
Être en phase avec le reggae, c’est rester en phase avec la vie — et rappeler que la musique, ici, n’est pas un divertissement, mais une discipline intérieure.

Le reggae comme spiritualité du vivant

Le reggae n’est pas un simple courant musical. Il est une philosophie incarnée, une parole debout née de la douleur historique, mais tournée vers la réparation.
Dans la pensée rastafari, la nature n’est jamais extérieure à l’homme : elle est son prolongement. L’eau, la terre, l’air ne sont pas des ressources anonymes ; ce sont des éléments vivants, des témoins silencieux, parfois des juges.

Polluer l’eau, épuiser la terre, empoisonner l’air, ce n’est pas seulement commettre une erreur technique : c’est rompre une alliance morale.
Bien avant que le mot « écologie » ne s’installe dans les discours institutionnels, le reggae dénonçait déjà la prédation, la surconsommation, l’oubli du vivant.
La critique de Babylone n’est donc pas seulement politique : elle est aussi environnementale, parce qu’un même système peut broyer les corps et abîmer la terre.

Quand la livity rencontre un territoire : la lagune Ébrié, matrice de vie

Cette vision devient encore plus lisible lorsqu’on la replace sur un territoire concret. À Abidjan, pour les peuples pêcheurs Ébrié (notamment du côté de Cocody, Blockhaus et des espaces lagunaires) la lagune n’est pas un décor.
Elle est un lieu de vie, de travail, de mémoire et de transmission. Elle relie les générations, nourrit les familles, structure l’imaginaire.

La lagune est une économie, un patrimoine culturel, une identité. Or, la pollution met en péril l’activité originelle de la pêche, avec l’urbanisation galopante.
Plastiques, déchets domestiques, négligence collective : la lagune paie le prix d’une modernité mal maîtrisée. Et quand l’eau souffre, ce sont des gestes ancestraux qui se fragilisent : sortir, jeter le filet, attendre, trier, vendre, nourrir.

C’est ici que le reggae cesse d’être une idée générale pour devenir une exigence locale. La livity n’est pas une abstraction : elle se mesure à la manière dont une société traite l’eau qui la fait vivre.

AZK Festival : une scène posée au bord de l’eau, donc une responsabilité

Le Abidjan Zion Kingdom Festival ne parle pas de la lagune depuis une scène lointaine. Il y est installé.
En bordure, et même en partie sur l’eau, avec une terrasse récente construite directement sur la lagune.
Ce choix spatial n’est pas neutre : il engage. La beauté du site appelle la conscience. Le cadre devient un discours.

Faire du reggae au contact direct de l’eau, c’est accepter une règle non écrite : ne pas célébrer la musique tout en fermant les yeux sur l’état du lieu qui l’accueille.
Là, le message rastafari retrouve sa rigueur : pas de séparation entre ce qu’on chante et ce qu’on fait.



Du message à l’action : l’écologie organique du reggae

Le reggae n’a jamais été une musique de salon. Il appelle à l’action.
Historiquement, la culture reggae a souvent lié la parole au geste : entraide, éducation populaire, solidarité locale, transmission.
L’action n’est pas un supplément : elle est une conséquence.

Dans cette continuité, la sensibilisation environnementale, la collecte de déchets, l’implication des jeunes riverains et la projection d’actions durables prennent un sens particulier.
Il ne s’agit pas de « verdir » un événement culturel : il s’agit de remettre le reggae à sa place naturelle; celle d’une musique capable de rassembler, d’éveiller et d’organiser.

Un festival comme école : pédagogie, mémoire et génération

AZK Festival n’est pas qu’une scène d’expression artistique. C’est un espace pédagogique, un carrefour générationnel, un lieu où la musique devient langage commun.
Panels, échanges, actions de terrain, course de pirogues : chaque élément peut devenir une manière d’apprendre, de transmettre et de relier.

Dans une ville où l’urgence du quotidien peut éloigner les jeunes de leur environnement immédiat, la culture devient une passerelle.
Elle reconnecte à l’eau, au territoire, à la mémoire et à la responsabilité.



« Protéger la nature, c’est se protéger soi-même »

Dans une prise de parole qui éclaire l’esprit de cette édition, Johanna Ursula Adotevi Okon, fondatrice d’AZK Live et d’AZK Productions, rappelle une vérité simple : protéger la nature, c’est se protéger soi-même.
Cette phrase relie l’intime au collectif. Elle dit, sans détour, que l’écologie n’est pas un luxe : c’est une question de survie, de dignité et de continuité.

Conclusion : la livity comme boussole, la lagune comme miroir

À l’heure où l’écologie est souvent confisquée par des discours technocratiques, le reggae rappelle une évidence : la protection du vivant commence au niveau local, humain, sensible.
Elle commence là où l’eau nourrit des familles, là où une mémoire se transmet, là où une communauté s’identifie à son territoire.

À Abidjan, au bord de la lagune Ébrié, le message rastafari retrouve toute sa cohérence.
Le reggae redevient ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : une musique pour célébrer la vie, réparer les liens et transmettre une responsabilité.
Et si l’on veut vraiment comprendre la livity, il suffit parfois d’écouter l’eau; puis de décider, ensemble, de la protéger.




© Boubakar SiDiBÉ | Mali Buzz TV — Tous droits réservés

Boubakar SiDiBÉ, est photojournaliste, producteur de contenus et spécialiste des dynamiques sociopolitiques du Sahel. Il travaille sur les enjeux politiques, culturels et sécuritaires en Afrique de l’Ouest.






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