FARAFINET

Votre publicité ici

Pourquoi le MASA marche : l’explication d’Abdramane Kamaté aux JTC 2025 de Carthage

🌍 En Afrique de l’Ouest, les transitions s’enchaînent, les peuples résistent et l’avenir s’écrit à la plume de la souveraineté. Farafinet.info donne la parole aux voix du terrain, celles qui vivent l’Afrique, la pensent, et la bâtissent, loin des plateaux d’illusion.
Abdramane Kamaté, Directeur général du MASA, lors de son intervention aux Journées Théâtrales de Carthage 2025, expliquant pourquoi le MASA marche. Abdramane Kamaté, DG du MASA, aux Journées Théâtrales de Carthage 2025.

Pourquoi le MASA marche : l’explication d’Abdramane Kamaté aux JTC 2025 de Carthage

Aux Journées théâtrales de Carthage 2025, à Tunis, le Directeur général du Marché des Arts du Spectacle Africain d’Abidjan (MASA),
Abdramane Kamaté, a livré une lecture rare et précise des ressorts qui font du MASA l’un des marchés culturels les plus dynamiques du continent.
De la gouvernance artistique internationale à la scène émergente, son intervention éclaire les coulisses d’un dispositif devenu stratégique pour les arts vivants africains.



Un marché pas comme les autres : le MASA, laboratoire des arts vivants africains

Créé en 1993 et installé à Abidjan, le Marché des Arts du Spectacle Africain (MASA) est d’abord une intuition politique :
si l’Afrique veut peser dans les industries culturelles mondiales, elle doit disposer de son propre marché de la création,
où les artistes rencontrent directement programmateurs, diffuseurs, festivals et institutions.
Au fil des éditions, le MASA est devenu un carrefour où se jouent des tournées internationales, des coproductions, des résidences et des contrats qui structurent la carrière de centaines de compagnies.

Mais pourquoi ce marché fonctionne-t-il là où d’autres dispositifs peinent à durer ?
Aux Journées théâtrales de Carthage 2025, en Tunisie, Abdramane Kamaté répond sans détour.
En quelques minutes, il résume la méthode qui fait du MASA un outil de diplomatie culturelle et de structuration professionnelle plutôt qu’un simple festival de plus.

Un comité artistique international qui donne de la crédibilité au MASA

Premier pilier : la gouvernance artistique internationale.
« C’est le seul événement au monde où il y a un comité artistique international », rappelle Abdramane Kamaté devant le public des JTC.
La programmation du MASA ne dépend pas du seul siège d’Abidjan, encore moins des réseaux d’influence locaux.
Elle est confiée à un collège de personnalités reconnues : directeurs de structures, metteurs en scène, programmateurs, penseurs de la scène contemporaine africaine.

Dans son intervention à Tunis, Kamaté cite notamment la contribution tunisienne, avec des experts comme Moëz,
ou encore des figures telles que Hassane Kouyaté, dont la parole compte dans le monde des arts vivants.
Lorsque les programmateurs internationaux voient des noms comme les leurs associés à la sélection des spectacles,
ils comprennent immédiatement que le niveau d’exigence est élevé.
Cette architecture donne au MASA une légitimité professionnelle qui rassure diffuseurs, festivals et institutions.

Autrement dit, le MASA fonctionne parce qu’il n’achète pas la confiance, il la fabrique par la qualité de ses processus.
Pour les artistes, être sélectionné signifie avoir passé un filtre exigeant, reconnu sur plusieurs continents.
Pour les programmateurs, venir au MASA, c’est gagner du temps de repérage et accéder à un bouquet d’offres déjà triées.


Un investissement concret : techniciens, administrateurs et compétences africaines

Deuxième raison du succès : le MASA n’est pas qu’une vitrine, c’est aussi une machine à professionnaliser.
Abdramane Kamaté insiste sur un point souvent méconnu :
la Côte d’Ivoire prend en charge l’accueil de techniciens et d’administrateurs venus d’autres pays africains.
Ils sont logés, nourris, rémunérés et plongés dans le dispositif, pour travailler avec les équipes techniques ivoiriennes.

Cette dimension est centrale.
Là où certains marchés se limitent à offrir des scènes, le MASA crée des espaces de transmission de savoir-faire.
En accueillant régisseurs, administrateurs, médiateurs culturels de tout le continent,
le marché contribue à l’émergence d’une culture commune de production, de tournée, de diffusion.
À terme, c’est toute la chaîne de valeur des arts vivants africains qui se renforce.

Pour les États, c’est aussi un signal : un marché culturel peut être un instrument de politique publique à part entière,
capable de former des professionnels, d’ouvrir des perspectives d’emploi et de renforcer l’attractivité du pays hôte.

La “zone émergente” : là où se signe l’avenir des artistes africains

Troisième clé : ce que Kamaté appelle « la zone », espace dédié aux artistes émergents.
C’est là, explique-t-il, que le MASA « vend la créativité émergente africaine comme des petits pains » et que se signent
le plus grand nombre de contrats.
Autrement dit, le marché ne se contente pas de célébrer des noms déjà reconnus : il investit dans ce qui arrive.

Cette zone émergente est un terrain d’expérimentation, où les programmateurs viennent chercher la prochaine génération de voix,
de formes et d’esthétiques.
La sélection y est confiée à un collectif d’artistes africains, parmi lesquels le rappeur et activiste sénégalais
Didier Awadi.
Un détail qui a son importance : les Ivoiriens n’y sont pas majoritaires, ce qui limite les biais et renforce le caractère réellement continental de la programmation.

Pour de nombreux jeunes créateurs, la zone émergente du MASA est parfois la première occasion de présenter un spectacle dans des conditions professionnelles,
face à des acheteurs potentiels, et d’entrer dans la cartographie mondiale des scènes africaines.

Un marché vraiment panafricain : du Maghreb à l’Afrique de l’Ouest

Au fil de son intervention à Carthage, Abdramane Kamaté insiste sur un autre point : le MASA est conçu pour rester panafricain.
« Que vous soyez du Maroc ou de la Tunisie, vous avez votre place », rappelle-t-il.
Ce n’est pas une formule de circonstance : pour l’édition à venir, il indique avoir reçu la candidature d’une cinquantaine de groupes tunisiens.

Pourtant, cette réalité est encore mal connue dans une partie du continent.
Beaucoup d’artistes, de journalistes ou même de décideurs continuent de percevoir le MASA comme un événement d’Afrique de l’Ouest avant tout.
Les chiffres de participation maghrébine et d’Afrique centrale racontent une tout autre histoire,
mais l’information circule mal, d’où la nécessité de temps forts comme cette prise de parole aux Journées théâtrales de Carthage.

En annonçant qu’il ne doute pas de voir la Tunisie encore présente sur les scènes du MASA en 2026,
Kamaté envoie un signal à la fois aux artistes, aux institutions et aux opérateurs :
le marché n’appartient pas à une seule zone, il est un outil continental que chacun peut s’approprier.


Au-delà du festival : un outil de diplomatie culturelle africaine

Ce que révèle le discours d’Abdramane Kamaté aux JTC 2025, c’est que le MASA n’est pas seulement un événement artistique :
c’est un instrument de diplomatie culturelle.
En réunissant acheteurs, programmateurs, artistes, techniciens et décideurs de tout le continent,
il crée un espace où se redessinent les équilibres symboliques et économiques de la création africaine.

Pour les villes qui l’accueillent et les pays qui y participent, l’enjeu dépasse de loin la programmation annuelle :
il s’agit d’apparaître comme des plates-formes incontournables dans la circulation des œuvres et des idées.
Que le DG du MASA choisisse les Journées théâtrales de Carthage pour expliquer ce qui fait la force du dispositif
dit quelque chose de cette circulation Sud–Sud qui se renforce, loin des regards centrés sur l’Europe.

En documentant ces échanges et en donnant la parole aux acteurs qui les structurent, des plateformes comme
Farafinet.info contribuent à rendre lisible une réalité que peu de médias généralistes mettent en avant :
l’Afrique n’est pas seulement un réservoir de talents, elle est aussi en train d’inventer ses propres marchés, ses propres normes et ses propres circuits de légitimation.

Quand le MASA devient un outil pour penser l’avenir des scènes africaines

En moins de deux minutes, Abdramane Kamaté dresse à Carthage le portrait d’un MASA qui marche parce qu’il repose sur
une expertise partagée, une exigence artistique assumée, un investissement concret dans les compétences
et une vision résolument panafricaine de la création.
Loin d’un discours abstrait sur les « industries culturelles », il décrit un outil qui, édition après édition,
permet à des artistes de signer des contrats, de tourner, de rencontrer leurs publics.

Pour les scènes africaines, le véritable enjeu est peut-être là : multiplier, relier et renforcer ces écosystèmes structurants
où la création n’est plus seulement célébrée, mais organisée, financée, pensée comme un levier de souveraineté culturelle.
Le MASA d’Abidjan en est l’un des modèles les plus aboutis. Les JTC de Carthage offrent un autre espace, complémentaire.
Les relier, les comprendre, les raconter : c’est tout l’enjeu de la couverture éditoriale que Farafinet.info consacre à ces rendez-vous.


© Boub’s SiDiBÉ | Farafinet.info — Tous droits réservés

Boubakar Sidibé, plus connu sous le nom de Boub’s SiDiBÉ, est photojournaliste, producteur de contenus et spécialiste des dynamiques sociopolitiques du Sahel.
Il travaille sur les enjeux politiques, culturels et sécuritaires en Afrique de l’Ouest.

📢 Le portail web qui prend soin de votre image !
Contactez notre régie publicitaire pour booster votre visibilité.
🔵 Publicité – Annonce sponsorisée
© Farafinet.info — 2026. Reproduction totale ou partielle interdite sans autorisation explicite vérifiable préalable. Textes, images et vidéos protégés par le droit d’auteur.

En savoir plus sur FARAFINET

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture

En savoir plus sur FARAFINET

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture