FARAFINET

Votre publicité ici

INTERVIEW | Diagnostic du théâtre ivoirien par Abdramane KAMATE, programmation du MASA 2026, appui de l’OIF, accords de RABAT

Ce jeudi 11 décembre 2025, le MASA publiera la programmation définitive pour la 14è édition à Abidjan, du 11 au 18 avril 2026. Entre autres sujets abordés avec Farafinet.info, les nouveaux accords conclus lors de la 12è édition du Visa For Music à Rabat, au Maroc et les attentes pour le MASA 2026.



INTERVIEW | Abdramane KAMATE analyse le théâtre ivoirien : diagnostic, défis, MASA 2026 et partenariat OIF

Au cœur des Journées Théâtrales de Carthage (JTC) 2025 et dans la perspective du MASA 2026, Abdramane KAMATE, Directeur général du MASA, offre une lecture profonde des mutations du théâtre ivoirien, de ses faiblesses et de ses forces, tout en dévoilant les enjeux de formation, d’infrastructures, d’exportation et de coopération internationale. Interview exclusive réalisée à Tunis par Seydou KONE.






Pour la première fois dans l’histoire des Journées Théâtrales de Carthage (JTC), un Forum théâtral international auquel vous avez pris part (24 novembre 2025) est organisé à Tunis. C’est donc faire du théâtre un espace de réflexion et de dialogue au cœur de la société. Quelle lecture en faites-vous ?

Je trouve que c’est une nécessité que les espaces de monstration de spectacle soient aussi des espaces de réflexion autour de l’art, de son rôle, de son importance, mais aussi des mutations que ces différentes disciplines artistiques peuvent traverser. Donc, spécifiquement sur la JTC, moi j’ai été invité à participer à une thématique qui est : L’artiste de théâtre, son œuvre et son temps. C’est une façon ici (Ndlr ; Tunis) pour les organisateurs, de faire une pause et de réfléchir aujourd’hui quelles sont les grandes mutations qui traversent le secteur théâtral, la créativité théâtrale ? Quels sont les enjeux auxquels les artistes, les comédiens, les metteurs en scène, les dramaturges, tous ces acteurs-là sont confrontés ? Quels sont les messages qu’ils portent, quelles sont les fragilités, quelles sont les mutations auxquelles donc tout le secteur est aujourd’hui confronté ?

Donc, c’est un temps de réflexion qui a réuni des universitaires, mais aussi des praticiens comme moi, qui avons un événement (Ndlr ; MASA) qui accueille du théâtre.

Espace de monstration et espace de réflexion : le théâtre comme laboratoire de la société

M. Abdramane KAMATE, DG du MASA © Seydou KONE
M. Abdramane KAMATE, DG du MASA © Seydou KONE

Étant donc témoin de votre temps, quel est regard que vous portez sur ce théâtre spécifiquement ivoirien ?

Je pense que le théâtre ivoirien traverse une période particulière en termes, on va dire, de création. Je considère qu’aujourd’hui, le théâtre ivoirien est de moins en moins présent sur la scène internationale. Ce qui doit être corrigé, puisque nous avons fait les beaux jours du théâtre au moins en Afrique de l’Ouest, pendant un bon moment. Et, tous les grands rendez-vous de théâtre aujourd’hui, vous n’avez plus d’artistes ivoiriens qui s’y produisent. Cela doit donc nous interroger.

Je sais que pour les JTC, nous avons la chance d’avoir(eu) en compétition cette année Eva Guehi (Ndlr ; dans La toge des insensés), cette jeune comédienne ivoirienne qui fait notre fierté. Mais, il ne faudrait pas que ce soit l’arbre qui cache la forêt. Le théâtre ivoirien s’exporte un peu moins aujourd’hui qu’il y a quelques années, parce que nous avons moins de dramaturges de renommées internationales, des comédiens qui transcendent nos frontières ne sont plus très nombreux.

Et les pièces qui sont créées, quand elles sortent, ne retiennent pas malheureusement beaucoup l’attention. C’est plutôt un regard qui interpelle, que je porterai sur le théâtre ivoirien qui est de dire qu’il faudrait peut-être que nous nous interrogions, que nous nous posions pour essayer de jeter une base qui permette donc au théâtre ivoirien de retrouver ses lettres de noblesse.

Un théâtre ivoirien en perte de visibilité internationale malgré un héritage fort

Représentation aux JTC 2025 de la pièce ‘’La toge des insensés’’, écrite par Eva Guehi
Représentation aux JTC 2025 de la pièce ‘’La toge des insensés’’, écrite par Eva Guehi

Justement, y a-t-il des explications au fait ce théâtre se positionne difficilement en Côte d’Ivoire et s’exporte aujourd’hui de moins en moins ?

On peut trouver plusieurs raisons au fait qu’on a du mal aujourd’hui à s’imposer sur la scène internationale. Il y a certes des choses qui se font localement. Mais, pourquoi est-ce que ce qui se fait localement n’arrive pas à s’imposer sur la scène internationale ? Donc très clairement, sans porter des jugements de valeur, je pense qu’on a un problème de qualité de production.

On a aussi aujourd’hui dans ce pays (Ndlr ; Côte d’Ivoire) qui a eu des dramaturges comme Koffi Kwahulé, Assandé Fargass, on n’en a pas aussi qui traînent la rue aujourd’hui, on n’en a plus beaucoup. L’idée, pour moi, c’est que nous sortions de quelques individus qui ne peuvent pas représenter toute une corporation.

Assandé Fargass continue de faire des choses à l’international mais, il est quand même d’une génération qui devait être épaulée par des jeunes acteurs, des jeunes comédiens, des jeunes dramaturges. Ce que je ne vois pas à l’horizon. C’est en cela que moi j’interpelle. Le théâtre ivoirien aujourd’hui ne s’exporte pas, c’est clair.

À partir de ces constats-là, il faut redoubler d’efforts, faire plus de formations, susciter à nouveau l’intérêt des jeunes pour ce secteur. Il faut mettre aussi à disposition les infrastructures qui permettent une meilleure représentation de nos pièces. Il y a tout un travail, tout un écosystème à créer et à consolider.

Qualité de production, renouvellement des dramaturges et infrastructures : un triple défi

Concrètement, quelles actions mener pour que le théâtre ivoirien retrouve ses lettres de noblesse ?

Nous avons certes un Institut National des Arts et de l’action Culturelle (Insaac) qui fait un très bon travail. Peut-être qu’il faut aller au-delà. Personnellement, je pense qu’il faut sortir du théâtre théorique et faire beaucoup plus de pratiques. Ça me paraît indispensable. Il faut nous ouvrir à des coproductions, nous ouvrir à des festivals. Avec la qualité qu’on propose aujourd’hui, on ne sera pas toujours retenus, mais il faut continuer à être dans des réseaux qui nous permettront, j’en suis certain, de faire remonter la qualité de ce que nous proposons et à partir de là, de reconquérir notre public et le public international.

De notre côté, le MASA a initié un centre d’incubation autour du spectacle vivant dans lequel nous travaillons aujourd’hui avec des artistes ivoiriens notamment SOW Souleymane pour l’accompagner dans la mise en œuvre de sa prochaine pièce. Ces centres d’incubations comme ceux portés par le MASA en complémentarité de ce qui se fait dans nos écoles de formation. Nous devons vraiment mettre l’accent sur la pratique. Sow Souleymane est accompagné d’un dramaturge de renommée internationale qui s’appelle Hassane Kouyaté. Ils ont choisi le texte parce que ça aussi c’est quelque chose d’extrêmement important. Si le texte que vous choisissez n’est pas fort, si l’auteur n’a pas un propos très fort, il n’est pas évident que vous puissiez intéresser le public et le marché. Donc on a travaillé sur tous ces processus, l’idée étant pour nous de montrer un modèle qui fonctionne, un modèle d’accompagnement en termes de création, de formation et de structuration d’une compagnie de théâtre pour que nous puissions dupliquer ce modèle-là et que dans les années à venir, on ait des compagnies, des metteurs en scène, des comédiens, des techniciens de théâtre, des scénographes qui soient la fierté de notre pays. Voilà un peu l’action que nous menons pour redynamiser le théâtre en Côte d’Ivoire, au sein du MASA.

Centres d’incubation, pratique renforcée et modèles reproductibles pour le spectacle vivant

LE ROI LEAR, adapté de l’œuvre de Shakespeare, produite par le théâtre national égyptien et dirigée par Dr. Ayman Chiwi © Seydou KONE
LE ROI LEAR, adapté de l’œuvre de Shakespeare, produite par le théâtre national égyptien et dirigée par Dr. Ayman Chiwi © Seydou KONE

Bientôt le MASA 2026. Quels sont vos attentes pour cette discipline qui justement affiche peu de compagnies ivoirienne sur un marché qui leur donne pourtant l’occasion de valoriser leurs créations ?

On a eu quelques dossiers des candidatures ivoiriennes. Le jury n’a pas encore statué (Ndlr ; Le Comité Artistique International s’est réuni à Abidjan du 3 au 5 décembre). J’espère qu’il y aura des pièces ivoiriennes qui seront retenues. Et surtout que ces pièces-là pourront rencontrer un marché. Parce qu’il ne suffit pas d’être retenu, il faut que ce que vous allez proposer puisse intéresser le marché, puisse intéresser le public. C’est ça l’enjeu. Donc, nous allons essayer de travailler, d’accompagner et d’améliorer la création qui aura été retenue pour la prochaine édition (14è), suffisamment en amont, quitte à faire venir des expertises autres que le metteur en scène, le dramaturge qui ont travaillé sur la pièce. De sorte qu’effectivement, ce qui va être montré pendant le MASA puisse être à la hauteur de l’ambition que nous souhaitons pour le théâtre ivoirien à nouveau.

Et puis, il faut savoir que cette année, l’OIF qui est le partenaire historique du MASA, met un accent particulier sur le théâtre. Parce que l’OIF également se rend compte que le théâtre francophone mérite aujourd’hui une attention particulière ; parce qu’il s’exporte de moins en moins ; parce qu’il intéresse de moins en moins les marchés. Il y a donc toute une réflexion que nous mènerons pendant le MASA sur le théâtre francophone et évidemment le théâtre ivoirien.

MASA 2026 et OIF : replacer le théâtre francophone au centre des marchés culturels

Le Comité Artistique International (CAI) s’est réuni à Abidjan début décembre. À quand la proclamation des candidatures définitives retenues pour le MASA 2026 ?

Nous nous fixons la mi-décembre au plus tard pour que nous ayons la programmation définitive du MASA 2026. Ce qui nous laisse le temps après de prendre les dispositions techniques, logistiques pour l’accueil de ces groupes qui vont se déplacer dans notre pays du 11 au 18 avril 2026.

Un calendrier resserré pour finaliser la programmation du MASA 2026

Showcase lors des JTC 2025 © Seydou KONE
Showcase lors des JTC 2025 © Seydou KONE

Avant Tunis, vous étiez à Rabat au Maroc pour la 12è édition du marché musical Visa For Music où le trio Les Perles des lagunes (Ruth Tafebe, Jahelle Bonee & Reine Abla) qui sont les nouvelles voix du programme MASA Lab, entamaient une première sortie sur le continent. Parlez-nous de cette expérience musicale

Effectivement, notre dynamique d’accompagnement du secteur du spectacle en Côte d’Ivoire nous a permis aussi d’incuber des artistes musiciennes et leurs projets parce que je vous expliquerai pourquoi je parle de projet.

Et donc ces artistes-là ont travaillé pendant une année et demie et nous avons en main aujourd’hui ce que j’appelle un vrai produit musical qui peut aller sur toutes les scènes internationales. Nous avons eu l’honneur d’être invités pour faire la cérémonie d’ouverture du Visa for Music qui est le plus gros marché du Maghreb en termes de musique. Un accueil extraordinaire comme quoi le travail paye et quand le travail est bien fait, les possibilités d’exportation s’offrent à nous. Donc le trio que nous avons nommé Les Perles des Lagunes composé de Ruth Tafébé, Reine Abla et Jahelle Bonee a fait sensation à Visa for Music et surtout a montré que la Côte d’Ivoire avait des artistes de très grand talent avec un accompagnement administratif, managérial et technique de très haut niveau parce que nous sommes arrivés avec une équipe qui était capable de déployer ce spectacle sans nous appuyer sur nos hôtes marocains et cela a été fortement apprécié.

Les Perles des Lagunes : vitrine d’un accompagnement professionnel “export ready”

M. Abdramane KAMATE, DG du MASA © Seydou KONE
M. Abdramane KAMATE, DG du MASA © Seydou KONE

Parallèlement au volet artistique et la programmation à Rabat, comment le MASA a-t-il vendu ses compétences ?

Nous avons tenu un stand qui a été un vrai succès parce que le MASA intéresse beaucoup de professionnels qui vont venir. Etre à Visa For Music a été justement l’occasion de signer des accords d’accueil des délégations parce que l’ambition aujourd’hui, c’est d’aller au-delà de l’accueil individuel de programmateurs ; de pouvoir attirer en Côte d’Ivoire des délégations par pays et je crois que cet objectif va être atteint parce que les discussions de Rabat ont été des discussions extrêmement fructueuses. Vous verrez qu’en 2026 (MASA) que nous aurons plusieurs centaines d’acheteurs de programmateurs qui viendront en Côte d’Ivoire.

Réalisée à Tunis par Seydou KONE

Vers des délégations structurées et un marché professionnel élargi autour du MASA



À travers cette interview, Abdramane KAMATE délivre un diagnostic lucide et mobilisateur : le théâtre ivoirien dispose d’immenses talents, mais nécessite un investissement stratégique dans la formation, la dramaturgie, les infrastructures et les réseaux internationaux pour retrouver sa place dans le concert des scènes francophones. À l’approche du MASA 2026, l’heure est à la relance collective et à la structuration durable du spectacle vivant.







 

 

 



📢 Le portail web qui prend soin de votre image !
Contactez notre régie publicitaire pour booster votre visibilité.
🔵 Publicité – Annonce sponsorisée
© Farafinet.info — 2026. Reproduction totale ou partielle interdite sans autorisation explicite vérifiable préalable. Textes, images et vidéos protégés par le droit d’auteur.

En savoir plus sur FARAFINET

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture

En savoir plus sur FARAFINET

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture